Deux décisions rendues par la plus haute juridiction australienne ont clarifié et redéfini le cadre juridique régissant la responsabilité des institutions dans le cadre des demandes d'indemnisation pour préjudices historiques. Concrètement, ces évolutions modifient de manière significative les modalités d'engagement de la responsabilité des organisations chargées de la prise en charge, de la surveillance ou de l'autorité sur des enfants et d'autres personnes vulnérables, ce qui a des implications importantes pour les assureurs et les professionnels de la gestion des sinistres chargés de gérer les expositions aux risques latents et spécifiques.

Redéfinir les limites de la responsabilité du fait d'autrui

Dans un arrêt récent, Bird c. DP (pseudonyme) [2024] HCA 4, la Haute Cour a confirmé que la responsabilité du fait d'autrui en droit commun australien reste limitée aux véritables relations de travail. La Cour a clairement établi qu'une organisation ne peut être tenue responsable des fautes graves commises par un individu en l'absence d'une telle relation de travail.

Cette clarification a restreint la possibilité pour les demandeurs d'invoquer la responsabilité du fait d'autrui dans des affaires anciennes impliquant des personnes exerçant des fonctions hors cadre professionnel, telles que des bénévoles, des membres du clergé ou des prestataires. En conséquence, la nature de la relation juridique entre une organisation et la personne concernée est devenue un élément déterminant pour établir si la responsabilité du fait d'autrui peut être engagée.

Renforcement de la responsabilité institutionnelle directe

Le paysage juridique en matière de responsabilité a de nouveau évolué dans une décision ultérieure, AA c. Les administrateurs de l'Église catholique romaine du diocèse de Maitland-Newcastle [2026] HCA 2), qui a examiné si une organisation pouvait être tenue directement responsable d'un préjudice résultant du comportement d'un mandataire, même en l'absence de responsabilité du fait d'autrui.

La Cour a confirmé que les organisations chargées de la garde, de la surveillance ou de l'autorité sur des enfants peuvent être tenues d'une obligation de diligence non délégable. Il est important de noter que la Cour a estimé que cette obligation pouvait être violée par une faute grave commise par un mandataire, à condition que le préjudice ait été prévisible et qu'il résulte de l'exercice de l'autorité ou des fonctions conférées par l'organisation.

Afin de préciser la portée de cette obligation, la Cour a mis en évidence plusieurs éléments clés, notamment la question de savoir si :

  • l'organisation a pris en charge la sécurité et le bien-être de l'enfant ;
  • le risque de préjudice était raisonnablement prévisible ; et
  • le préjudice résulte de l'autorité ou de la responsabilité déléguée par l'organisation.

Cela a marqué une évolution importante du droit australien en étendant la responsabilité directe des institutions au-delà des concepts traditionnels de négligence et en permettant que la responsabilité soit engagée indépendamment du statut professionnel.

Conséquences pour la gestion des risques et des sinistres

Dans l'ensemble, ces évolutions permettent de distinguer plus clairement la responsabilité du fait d'autrui, qui reste liée aux relations de travail, de la responsabilité institutionnelle directe, qui peut découler d'obligations de diligence non délégables.

Pour les assureurs, les experts en sinistres et les organisations chargées de gérer les expositions aux risques historiques et latents, cette évolution modifie considérablement le profil de risque. Les sinistres pourraient de plus en plus dépendre de la question de savoir si une organisation a assumé la responsabilité des soins, de la surveillance ou de l'autorité, plutôt que de se fonder uniquement sur les contrats de travail formels. Cela a des implications directes sur les méthodes de souscription, l'interprétation des polices, les pratiques de constitution de provisions et la gestion à long terme des portefeuilles de risques latents et spéciaux.

Points clés pour les assureurs :

  • Le statut professionnel n'est plus le seul facteur déterminant de la responsabilité
    . Bien que la responsabilité du fait d'autrui reste limitée aux relations employeur-salarié, une responsabilité peut néanmoins être engagée en vertu d'obligations directes de diligence, même lorsque les personnes concernées n'étaient pas des salariés.
  • Risque accru lié à l'acceptation d'une responsabilité
    Les organisations qui assument la responsabilité de la prise en charge, de la surveillance ou de l'autorité sur des personnes vulnérables peuvent être tenues directement responsables des fautes graves commises par des mandataires, des bénévoles ou d'autres personnes n'appartenant pas à leur personnel.
  • Une attention accrue portée au rôle des institutions plutôt qu'aux actions individuelles
    L'évaluation des demandes d'indemnisation s'articule de plus en plus autour de la question de savoir si la responsabilité en matière de sécurité et de surveillance a été assumée, plutôt que sur le comportement ou le statut spécifique des individus pris isolément.
  • Sensibilité accrue aux sinistres de longue durée et aux sinistres hérités
    L'extension de la responsabilité civile directe des institutions a des implications sur l'exposition historique, en particulier pour les assurés qui s'appuient depuis longtemps sur des structures de délégation de pouvoirs, des sous-traitants ou des bénévoles.
  • Une analyse plus approfondie des clauses des polices et des hypothèses de risque
    Ces évolutions soulignent la nécessité d'examiner avec soin les conditions de déclenchement de la couverture, l'agrégation des risques, les hypothèses de provisionnement et la modélisation des risques à long terme pour l'ensemble des portefeuilles de risques latents et spéciaux.

Notre expertise

Dans ce contexte juridique en constante évolution, la gestion des sinistres liés à des abus historiques, à des préjudices latents et à d'autres risques particuliers exige des connaissances techniques approfondies, une grande sensibilité et une gestion stratégique des sinistres. Nos équipes spécialisées apportent une vaste expérience dans la gestion de dossiers complexes de responsabilité institutionnelle dans de multiples juridictions. S'appuyant sur une approche multidisciplinaire qui combine expertise juridique, enquêtes judiciaires, interprétation des polices d'assurance et gestion des parties prenantes, nous aidons les assureurs et les organisations à répondre à ces sinistres avec rigueur et attention. Alors que le cadre juridique continue d'évoluer, nos experts sont bien placés pour aider nos clients à évaluer leur exposition, à gérer les risques émergents et à obtenir des résultats cohérents et défendables dans ce domaine hautement spécialisé et en constante évolution de la gestion des sinistres.

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