24 mars 2026
Deux décisions de la plus haute cour australienne ont clarifié et remodelé le cadre juridique régissant la responsabilité institutionnelle pour les réclamations pour préjudice historique. Ensemble, ces développements modifient de manière significative la manière dont la responsabilité peut survenir pour les organisations chargées de la prise en charge, de la supervision ou de l’autorité sur les enfants et autres personnes vulnérables, avec des implications importantes pour les assureurs et les professionnels des réclamations qui gèrent les expositions latentes et aux risques spéciaux.
Redéfinition des limites de la responsabilité du fait d’autrui
Dans une décision récente, Bird c. DP (un pseudonyme) [2024] HCA 4, la Haute Cour a confirmé que la responsabilité par le fait d’autrui en vertu du common law australien reste limitée aux relations authentiques employeur-employé. La Cour a clairement indiqué que la responsabilité ne peut être attribuée à une organisation pour un acte grave commis par un individu lorsqu’il n’existe pas de relation d’emploi de ce type.
Cette clarification a restreint la portée pour les demandeurs d’invoquer la responsabilité par le fait d’autrui dans des affaires historiques impliquant des personnes occupant des rôles non liés à l’emploi, comme les bénévoles, le clergé ou les contractuels. En conséquence, la nature de la relation juridique entre une organisation et l’individu concerné est devenue un enjeu critique lors de l’évaluation de la possibilité d’établir la responsabilité par le fait d’autrui.
Élargissement de la responsabilité institutionnelle directe
Le paysage de la responsabilité a de nouveau changé dans une décision ultérieure, AA c. The trustees of the Roman Catholic Church for the Diocese of Maitland-Newcastle [2026] HCA 2), qui a examiné si une organisation pouvait être directement responsable d’un préjudice résultant de la conduite d’un délégué, même lorsque la responsabilité indirecte ne pouvait pas être établie.
La Cour a confirmé que les organisations chargées de la garde, de la supervision ou de l’autorité sur les enfants peuvent avoir un devoir de garde non déléguable. Il est important de noter que la Cour a statué que ce devoir peut être violé par une faute grave commise par un délégué, à condition que le préjudice soit prévisible et découle de l’exercice de l’autorité ou des fonctions conférées par l’organisation.
Pour clarifier la portée de cette obligation, la Cour a identifié des considérations clés, notamment si :
- L’organisation a assumé la responsabilité de la sécurité et du bien-être de l’enfant;
- le risque de préjudice était raisonnablement prévisible; et
- le préjudice découlait de l’autorité ou de la responsabilité déléguée par l’organisation.
Cela a marqué un développement important dans le droit australien en élargissant la responsabilité institutionnelle directe au-delà des concepts traditionnels de négligence et en permettant la responsabilité de découler indépendamment du statut d’emploi.
Implications pour la gestion des risques et des sinistres
Pris ensemble, ces développements établissent une distinction plus claire entre la responsabilité indirecte, qui demeure ancrée dans les relations d’emploi, et la responsabilité institutionnelle directe, qui peut découler de devoirs de diligence non délégués.
Pour les assureurs, les professionnels des sinistres et les organisations gérant des expositions historiques et latentes au risque, ce changement modifie de manière significative le profil de risque. Les réclamations peuvent de plus en plus dépendre du fait qu’une organisation ait assumé la responsabilité des soins, de la supervision ou de l’autorité, plutôt que de se limiter aux arrangements d’emploi formels. Cela a des implications directes pour les approches de souscription, l’interprétation des politiques, les pratiques de réserve et la gestion à long terme des portefeuilles à risque latents et spéciaux.
Points clés à retenir pour les assureurs :
- Le statut d’emploi n’est plus le seul facteur d’exposition
Bien que la responsabilité indirecte demeure limitée aux relations employeur-employé, la responsabilité peut néanmoins découler de devoirs directs de diligence, même lorsque les personnes impliquées n’étaient pas des employés. - Exposition élargie découlant de la responsabilité assumée
Les organisations qui assument la responsabilité des soins, de la supervision ou de l’autorité sur les personnes vulnérables peuvent faire face à une responsabilité directe pour des inconduites graves commises par des délégués, des bénévoles ou d’autres non-employés. - Accent accru sur le rôle institutionnel plutôt que sur les actions individuelles
L’évaluation des réclamations se concentre de plus en plus sur la responsabilité de la sécurité et de la surveillance assumée, plutôt que sur la conduite ou le statut spécifique des individus seuls. - Sensibilité accrue pour les réclamations longue queue et héritées
L’élargissement de la responsabilité institutionnelle directe a des répercussions sur l’exposition historique, particulièrement pour les assurés qui dépendent depuis longtemps des structures d’autorité déléguée, des entrepreneurs ou des bénévoles. - Un examen accru des formulations des politiques et des hypothèses de risque
Ces développements renforcent la nécessité d’une considération attentive des déclencheurs de couverture, de l’agrégation, des hypothèses de réserve et de la modélisation à long terme des portefeuilles à risque latents et spéciaux.
Notre expertise
Dans cet environnement juridique en évolution, naviguer dans les dossiers d’abus historiques, de blessures latentes et d’autres réclamations à risque particulier exige une connaissance technique approfondie, de la sensibilité et une gestion stratégique des réclamations. Nos équipes spécialisées apportent une vaste expérience dans la gestion de dossiers complexes de responsabilité institutionnelle à travers plusieurs juridictions. S’appuyant sur une approche multidisciplinaire qui combine analyse juridique, enquête médico-légale, interprétation des politiques et gestion des parties prenantes, nous soutenons les assureurs et les organisations dans la réponse à ces réclamations avec rigueur et soin. À mesure que le cadre juridique continue de se développer, nos experts sont bien placés pour aider les clients à évaluer l’exposition, gérer les risques émergents et offrir des résultats cohérents et défendables dans ce domaine hautement spécialisé et en évolution de la gestion des réclamations.
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